Pierre Laville - site officielPierre Laville

Pièces originales


Les Ressources Naturelles
1ère pièce, commande de Jean-Marie Serreau

Les Ressources naturelles
Édition :
Théâtre Ouvert Stock
Pierre Laville
Pierre Laville au temps de la création des Ressources naturelles

créationRadio / France Culture : Nouveau Répertoire de Lucien Attoun (1973)

Avec : Maria Casarès, Tania Balachova, Daniel Ivernel, Lucien Raimbourg, Pascale de Boysson, Claude Piéplu, Daniel Emilfork, Pierre Constant, Jean-Loup Philip, Paul Villé, René J. Chauffard, André Chaumeau, Roger Coggio.

Maria Casarès
Les Ressources Naturelles / Maria Casarès dans le rôle de Mme Tussot
Les Ressources naturelles
Les Ressources Naturelles
(de gauche à droite, de haut en bas) André Chaumeau, Lucien Raimbourg, Daniel Emilfork, Daniel Ivernel, Jean-Loup Philipp, Pierre Laville, Roger Coggio, Pascal de Boysson, R.J. Chauffard, Paul Villé, Pierre Constant et Maria Casarès, Tania Balachova

créationCréation à Paris - Théâtre national de Strasbourg (1974)
Tournée en France et pays francophones

Mise en scène André-Louis Périnetti
Décors Michel Launay, costumes Patrice Cauchetier, musique originale Charles Ravier.

Avec : Monique Mercure, Jean-François Balmer, Alain Moussay, Jean de Coninck, Sylvie Artel, Danièle Van Bercheycke, Marianik Révillon, Jim Ahdi Limas, Paul Bru, Jean Schmitt, François Viaur, Pierre Bâton, Marc Imbert.

Critique / Renée Saurel

"La pièce de Pierre Laville survient à point. Au moment où deux courants opposés, quoique complémentaires (dans la mesure où ils ont pour résultat, sinon pour but, la dépolitisation du théâtre) tentent, avec les moyens matériels considérables dont leurs promoteurs sont dotés, d'investir la scène française. Le premier de ces courants, procédant de l'expérience de Robert Wilson (Le Regard du Sourd), exclut l'auteur du théâtre, refuse de fonder cet art sur l'œuvre écrite. Et ce "Regard du Sourd" fut, il est vrai, admirable. Mais que de sous-produits, déjà ! On rit de voir tel metteur en scène, démiurge enivré, se donner pour seul créateur alors qu'il n'invente rien, et que son travail fait référence à une somme d'écrits... La seconde tendance, elle, fonde encore le spectacle théâtral sur le texte et prétend même illustrer telle ou telle conjoncture politique internationale, mais le fait à travers un chef-d'oeuvre du passé, ce qui ne dé­range personne. Il est évidemment moins confortable de montrer la réalité actuelle en montant une œuvre écrite aujourd'hui.

Directeur, avec Pierre Debauche, du Théâtre des Amandiers de Nanterre qui réserve, comme on le sait, une juste part à la création d'oeuvres contemporaines, Pierre Laville est de ceux qui vivent quotidiennement l'expérience théâtrale, avec ses contradictions, ses paradoxes, ses ruses, ses ambiguïtés, ses compro­missions. Il est normal qu'après avoir écrit plusieurs adaptations, il aborde la scène avec une oeuvre originale, et très réjouissant qu'il prenne pour sujet cette Culture dont on nous rebat les oreilles tout en faisant d'elle un usage si contestable, si étrangement perverti. Culture, Patrimoine artistique et littéraire, chefs-d'œuvres en péril. Chaussons le cothurne qui rehausse, drapons-nous dans la chlamyde, couvrons-nous le visage du masque de la tragédie antique et célébrons les vieilles pierres pour faire ou­blier que le sol national se vend par milliers d'hectares. Une feuille d'acanthe sur un chapiteau importe plus que la vie d'un travailleur algérien. La pièce de Pierre Laville dénonce, de façon aussi virulente que comique, cet usage qui est fait de la Culture par une société sclérosée, apeurée, incapable d'opérer la nécessaire mutation et qui, mercantile avant tout, vend jusqu'à sa propre image avant de sombrer.

Deux pièges étaient à éviter, également mortels. Le premier eut été d'écrire une oeuvre rhétorique, démonstrative. Ce théâtre-là est bien mort, à supposer qu'il ait jamais vécu. L'autre piège eut été de faire œuvre entièrement allégorique, autrement dit, exsangue, désincarnée. Non que l'allégorie soit absente de la pièce : elle est au contraire constamment présente dans "Les Ressources naturelles", mais l'introduction d'un triple élément : poétique, psychologique, psychanalytique, donne chair et sang aux personnages et offre aux acteurs le support concret qui leur est indispensable."

La Célestine

La Célestine
Édition :
Collection du Répertoire
Jean-Paul Roussillon et Denise Gence
La Célestine / Jean-Paul Roussillon et Denise Gence

créationCréation à Paris - Comédie-Française (1975)
Théâtre Marigny

Mise en scène Marcel Maréchal
Décors et costumes Jacques Angéniol.

Avec : Denise Gence, Catherine Samie, Christine Fersen, Jean-Paul Roussillon, Patrice Kerbrat, Michel Etcheverry, Bérengère Dautun, Fanny Delbrice, Catherine Chevallier, Bruno Devoldère, Raymond Acquaviva, Yves Pignot, Georges Audoubert.

Denise Gence et Catherine Sami
La Célestine / Denise Gence et Catherine Sami
La Célestine - Christine Fersen
La Célestine / Christine Fersen
La Célestine

Critique / Dominique Jamet

"(...) Tout, dans ce texte, nous semble être le reflet d'un peuple jeune, hardi, heureux, expansif et expansionniste, déversant son trop-plein d'énergie sur la scène de l'histoire et dans l'histoire de la scène.

(...) Les Espagnols ne font rien à moitié : avec la même violence qui les jettera au pied de la croix et les prosternera devant la mort, ils aiment, alors, farouchement, intensérnent la vie. C'est le cri que fait entendre avec quelle force cette pièce ivre d'espace, de grandeur et de liberté, ce défi qui n'a peur ni des mots, ni des choses, ni du blasphème.

Le livre de Calixte et de Mélibée et de la vieille putain Célestine était en vingt et un chapitres et la représentation en aurait duré dix heures. Pierre Laville l'a resserré à des dimensions acceptables pour notre appétit de petits mangeurs, sans lui faire rien perdre de sa force ni de sa beauté. C'est un travail remarquable.

Comment la vue de Mélibée inspire à Calixte un fol amour, comment désespérant de séduira grandiose, ignoble, salace et satanique, Célestine, magicienne et criminelle, née pour unir le corps de l'homme et le corps de la femme, qui chante comme un défi l'hymne au plaisir sans péché.

Il y a bien d'autres choses encore, tableau d'une société, conflit des générations, anticléricalisme, mise en question de la religion, dans cette auberge espagnole où il n'y a rien, vraiment, à apporter. L'inquisition n'est pas encore passée par là, et même si, concession ultime, Calixte meurt en criant : « Confession , Confession ! » on l'a tout au long entendu blasphémer : « Chrétien, moi ? Je suis mélibéen ». Jouir, telle est la « diabolique » leçon de Rojas, enseignée par Célestine.

On conçoit que certains pâlissent et pincent les lèvres devant cette pièce forte en gueule et haute en couleurs, qu'elle déroute quand même quelques habitués du français. Les piments ne plaisent pas à tout le monde. La Célestine aussi emporte la bouche. C'est dire qu'elle a du goût.

Le génie impétueux et désordonné de Maréchal, si peu politique, si instinctif, si théâtral, a enfin trouvé de quoi s'épanouir avec cette pièce ai naturelle, si viscérale, cette pièce qui a tripes, boyaux et sexe.

(...) Denise Gence, cette bonne comédienne, cette solide comédienne, un peu effarée, un peu dépassée par elle-même, a trouvé enfin le grand rôle qu'elle mérite depuis si longtemps. Entre « Mère Courage » et « La Folle de Chaillot », on n'oubliera pas sa Mère luxure. "

Un acte est repris en 1980, Salle Richelieu, pour le Tricentenaire de la Comédie-Française dans Simul et Singulis (1980)

avec : Denise Gence, Catherine Hiegel .

Nouvelle version - Création au Petit-Palais / Festival de Paris (1983)

Mise en scène Jean-Claude Amyl

Avec : Judith Magre, Sylvie Orcier, François Clavier, Catherine Hubeau, Emmanuel Dechartre, Emmanuelle Stochl, Monique Brun, Michel Robbe.

La Célestine - Judith Magre
La Célestine / Judith Magre
Judith Magre et Sylvie Orcier
La Célestine / Judith Magre et Sylvie Orcier

Tournées en France et pays francophones

Du Côté des îles

Du côté des îles
Édition :
Théâtre Ouvert Stock

Du côté des îles
Édition :
Avant-Scène

Du côté des îles

créationCréation à Paris - Théâtre national de l’Odéon (1980)

Mise en scène Jacques Rosner
Décors et costumes Max Schoendorff.

Avec : Bertrand Bonvoisin, Claude Mathieu, Laurence Roy, Catherine Lachens, Hubert Gignoux, Tcheky Karyo, Martine Vandeville, Laurence Mayor, Alain Lenglet, Christian Peythieu, Dominique Balzer, Michèle Brülé, Jean-Luc Porraz, Brigitte Joncheret, Mourad Mansouri, Christine Féral, Michel Untereiner. Avec les voix des enfants Frédéric et Cécile Laville.

Laurence Leroy et Bertrand Bonvoisin
Du Côté des îles / Laurence Leroy et Bertrand Bonvoisin
Claude Mathieu et Hubert Gignoux
Du Côté des îles / Claude Mathieu et Hubert Gignoux
Tcheky Kario et Bertrand Bonvoisin
Du Côté des îles / Tcheky Kario et Bertrand Bonvoisin

Critique / Michel Cournot

"La pièce de Pierre Laville, Du côté des îles, est une chronique française contemporaine construite autour d'un garçon qui sort de prison en 1978, va chercher du travail dans un village du Lot où il a des parents, n'en trouve pas, vient s'embaucher dans une petite entreprise de la région parisienne, devient le gendre du chef de l'entreprise. Cette chronique aborde plusieurs couches de la société. Pierre Laville entrecroise les destins d'une quarantaine de personnes, dont plusieurs sont étudiées avec soin : une institutrice dépressive (c'est elle qui rêve d'aller vivre « du côté des îles»), un couple de fermiers, le maire du village le chef d'entre­prise et sa fille, une jeune femme qui gère un café, un gardien de prison. Et pas mal d'autres protagonistes, décrits en une scène parfois courte, sont vus d'un œil sûr. L'écriture de la pièce est tout à fait personnelle. Il n'y a pas de réduction, pas d'aparté, comme d'habitude au théâtre où l'on détache, du tissu social d'ensemble, le cheminement défini de deux ou trois individus, et cela sur un seul plan, le plus souvent psychologique — quitte à alterner, comme fait par exemple Vinaver, vie privée et vie professionnelle.

Non, avec Du côté des îles, Pierre Laville met en jeu une anatomie et une physiologie so­ciales collectives et un inconscient collectif, qui se dévoilent par des dialogues, par ailleurs clairs et vrais, mais pas laminés, pas usi­nés. Si l'on veut, une œuvre dra-matique pourrait être comparée à un câble fait de plusieurs fils tressés ; la pièce de Laville serait un champ magnétique sur quoi s'organisent des cristaux mouvants de minerai brut. Seulement ces cristaux sont immatériels, ils sont des élans, des passages, des conjonctions, de sensations, d'idées, d'opinions, transmuées en paroles le plus souvent brèves qui s'écartent après s'être touchées.

Le développement de ce tournoi d'atomes est assez miraculeux, car, le temps de la pièce, nous partageons une transformation marquée de plusieurs personnages, et cela aussi bien dans le monde du travail, en ville et à la campagne, que dans le monde de la délinquance, ou du patronat. Il y a aussi une saisie des situations féminine et masculine.

Par sa polyphonie ouverte, par ses entrecroisements vivants et naturels, les coups de sonde souvent très profonds de ses dialogues brusques et justes. Du côté des îles est une œuvre dramatique attachante et neuve, dont l'importance apparaît, au Théâtre de l'Odéon, surtout dans la seconde partie, lorsque les scènes sont présentées d'une façon simple et jouées par des acteurs de premières dimension, parce que ce théâtre encore inhabituel ne souffre pas un traitement approximatif.

C'est ainsi que Du côté des îles nous permet d'assister à l'ascension d'un acteur exceptionnel, Bertrand Bonvoisin (l'homme sorti de prison). Il est encore très jeune, il ne fait pas de doute qu'il a devant lui une grande carrière : tout ce qu'il fait, est audacieux, riche, convaincant. Cette pièce nous permet aussi de découvrir, bien mieux que nous le connaissions, l'art de Catherine Lachens (la gérante d'un café), dont les metteurs en scène employaient surtout une vitalité peu ordinaire orientée vers la gaieté, alors qu'ici cette vitalité et cette gaieté affleurante donnent une finesse et un « sous-texte » bouleversants à certaines nuances très délicates, très surprenantes, de sentiment. Les talents de Hubert Gignoux (le chef d'entreprise) et de Claude Mathieu (sa fille) sont, eux, déjà bien connus, mais dans Du coté des îles ces deux acteurs sont peut-être meilleurs encore. Enfin il y a beaucoup à attendre de l'impressionnisme en demi-teinte de Jean-Luc Porraz et de la folie tempérée de Tcheky Karyo (le gardien de prison).

Chaque fois que ces six acteurs sont sur scène, la pièce de Laville prend sa vraie dimension, qui est grande. Elle la perd en apparence lorsqu'elle est interprétée par d'autres comédiens moins forts, ou même franchement mauvais, ou lorsque des complications de décor et une mise en scène d'un naturalisme poétique assez lourd étouffant le texte et le jeu. Mais en tout cas la dernière heure est présentée comme il faut (mise en scène de Jacques Rosner), et les scènes entre Bonvoisin et, Claude Mathieu sont de grands moments de théâtre."

Radio / France Culture : Nouveau Répertoire de Lucien Attoun (1982)

Avec : Francine Bergé, Dominique Labourier, Maurice Teynac, Marcel Maréchal, Etienne Bierry, Bruno Pradal, Jean-Paul Cisife, Henri Poirier, Alexandre Rignault, Madeleine Barbulée, Janine Souchon, Gérard Dournel, Jeanne Herviale, Pierre Garin.

Le Fleuve rouge

Le Fleuve rouge
Édition :
Approches "Répertoire"


Le Fleuve rouge
Édition :
Avant-Scène
Jean-Claude Drouot
Le Fleuve rouge / Jean-Claude Drouot

créationCréation à Paris - Théâtre national de Chaillot (1981)
Théâtre national de Marseille / La Criée
Tournée (TNP de Villeurbanne, TNStrasbourg et en Décentralisation)
Filmé par TF1

Mise en scène Marcel Maréchal
Décors et costumes Jacques Angéniol.

Avec : Jean-Claude Drouot, Marcel Maréchal, Tatiana Moukhine, Francine Bergé (puis Catherine Lachens), Bernard Ballet, Catherine Arditi, François Dunoyer, Daniel Berlioux, Jacques Angéniol, Alain Crassas, Philippe Bianco, Bénédicte Appe.

Marcel Maréchal, Francine Bergé et François Dunoyer
Le Fleuve rouge / Marcel Maréchal, Francine Bergé et François Dunoyer
Bernard Ballet, Catherine Arditi et Jean-Claude Drouot
Le Fleuve rouge / Bernard Ballet, Catherine Arditi et Jean-Claude Drouot

Critiques

Michel Cournot
L'une des plus fortes pièces de ces années

"Pierre Laville, écrivant sa nouvelle pièce fait revivre avec une force merveilleuse Maiakovski. Boulgakov, Stanislavski, la célèbre actrice Priakhina. Dans le Moscou de 1930, Laville fait se cogner poètes, censeurs. éditeurs et énerguménes bizarres à la Boulgakov, à la fois diables, chats, fantô­mes de bureaux ou d'instances, et même Staline, qui du Kremlin appelle directement les particuliers au téléphone. Les tableaux filent grand train, colorés. violents, les dialogues à brûle-pourpoint brassent les urgences concrètes et les bontés idéales. C'est rapide et net comme un rêve du matin. Ou vrai grand théâtre de sensations pures et d'idées L'une des plus fortes pièces de ces années Les décors et les costumes d'Alain Batifoulier inventent. pour cette Russie en plein déménagement, des images inconnues et évidentes. Jamais une mise en scène de Maréchal ne fut plus chaude, plus poétique, plus humaine. Spectacle passionnant et très beau. qui donne une saisie admirable du mystère de la création politique et poétique Tous les acteurs sont bons. Cette soirée d'une rare dimension, gaie. belle, profonde, populaire, poétique, est l'ultime spectacle que le Théâtre National de Marseille aura présenté dans les murs du vieux Gymnase. "

Le Monde. 12 novembre 1980


Lucien Attoun
Le talent lyrique de Pierre Laville

"Un auteur, Pierre Laville, qui confirme un talent lyrique personnel, des comédiens de qualité, sobres, précis et poétiques, et Marcel Maréchal, comédien-metteur en scène dans une forme éblouissante font que dans ce Fleuve rouge coule la vie bouillonnante d'éclats dans lesquels le théâtre et te politique se frottent se reflètent, dialectiquement comme pouf nous renvoyer a notre aujourd'hui rêves et réalités du nécessaire changement. Le plaisir du théâtre : grâce en soit rendue au Nouveau Théâtre National de Marseille."

Témoignage Chrétien, 12 janvier 1981


Dominique Nores
Spectacle en tous points admirable

"La réalisation de Marcel Maréchal donne a la pièce toutes ses dimensions. Elle est a la (fois sobrement et impitoyablement critique par ta netteté et l'intensité avec lesquelles les comédiens cernent les personnages (Jean-Claude Drouot en Maïakovski braillard et déchiré Bernard Ballet. Boulgakov sans cesse inquiet d'une sensibilité exacerbée mais comme retenue et jetée dans un imaginaire coloré qui use avec bonheur des sorcelleries de la scène à l'italienne. Maréchal lui même en est le magicien et aussi l' interprète a transformations par lesquel-les, tantôt gentleman impeccable tantôt homme de théâtre à contradictions et même bouffon sinistre sous l'apparence de Staline, il mène supérieurement le jeu.
Ce spectacle en tous points admirable justifie pleinement l'action que Maréchal mène pour doter enfin Marseille d'un théâtre national."

Tribune socialiste. n° 18. décembre 1980


Bruno Villien
La merveilleuse Tatiana Moukhine

"Pierre Laville fait passer son expérience de directeur à Nanterre et au Palace - en montrant une répétition caricaturale mais si juste. La merveilleuse Tatiana Moukhine y est toute tendresse A la fin. Boulgakov est mort, étouffé par le silence- Ses compagnons, un cierge à la main, regar­dent passer le modeste convoi funèbre. Dans la salle, les ampoules qui courent sous le balcon, elles aussi, sont de petites flammes. Double hommage : à ce vieux théâtre que Maréchal et son équipe vont quitter pour s installer sur le port à la Criée, et à tous les Boulgakov d'aujourd'hui qui. dans leur nuit, écrivent. "

Le Nouvel Observateur. 3 novembre 1980


Patrick de Rosbo
Enrichissant

"Bien sûr. il était enrichissant, passionnant de projeter, au cœur d'une sorte d'Empyrée théâtral ces deux solitaires, que tout rapproche, que tout oppose. « Celui qui accepte, celui qui refuse. Celui qui accepte vit à l'écart, travaille dans la nuit. se soumet au silence, patiemment, dans la marge. Celui qui refuse engage une lutte publique. s'expose, exige « l'avenir tout de suite », et meurt d'impatience... » : tâche immense, aux ramifications multiples. On devine à quel point Maréchal s'ébroue, dans un rôle si pétri de fantaisie malicieuse ... "

Le Quotidien de Paris. 6 novembre 1980


Matthieu Galey
Une remarquable idée de théâtre

"C'est une remarquable idée de théâtre que de prêter à Belzébuth les divers visages de ceux qui ont persécuté Boulgakov sans l'étouffer tout à fan de Stanislavski à Staline figures du Destin, dont les fantai­sies sont imprévisibles On a le sentiment que passe quelque chose du caractère slave ce flou. ce mépris de la durée ce desordre cette superbe ignorance de la précision et des heures dues et indues sans quoi la Russie soviétique ne serait plus qu'une mécanique logique et prévisible ce qu'elle n'est jamais heureuse­ment, ce qui l'absout un peu de ses sanglantes erreurs Sensible a cette atmosphère qui le fascine Maréchal a bien rendu les ambiguïtés, dans son jeu comme dans sa mise en scène II s'y sent à l'aise en pays connu, il y apporte son génie brouillon, il est heureux et cela se voit Comment ne pas l'être avec lui ? "

Les Nouvelles Littéraires 5 novembre 1980


Janick Arbois-Chartier
Un spectacle d'une plénitude rare

"La densité de la pièce, la variété des décors l'ultime hommage d'Alain Batifouflier et Marcel Maréchal à ce vieux théâtre du Gymnase font la richesse du spectacle d'une plénitude rare dans le théâtre d'aujourd'hui. En même temps Pierre Laville a refusé toutes les facilités, toutes les simplifications qui séduisent à tous coups les publics. Son héros n'en est pas un. Sur ce destin étouffe règne le prince de ce monde, metteur en scène diabolique, interprété avec toutes tes ruses de l'intelligence par Marcel Maréchal qui joue tour à tour - mais n'est-ce pas un seul personnage ? - Satan, l'organisateur suprême de ces mystères. Stanislavski, le metteur en scène. capricieux génie que l'auteur égratigne au passage, et Staline lui-même, tyran solitaire d'un' un humour glacé.
Réaliste et fantastique, littéraire et politique, violent et tendre, ironique et brûlant de feu et de glace ce Fleuve rouge.
Dans un temps où le théâtre se meurt d'inanition, Marcel Maréchal et son équipe affirment une fois de plus: le théâtre est vivant ! Que dis-je vivant : tout est théâtre ! Quelle santé ! Quel courage et quel culot ! "

Télérama, 5 novembre 1980


Edmée Santy
Un jeu fantastique

"Que les exégètes ne se trompent pas : Ie Fleuve rouge n'est pas la réhabilitation de Boulgakov : c'est plus que cela ; un jeu fantastique, poétique, corrosif et théâtral qui met en présence l'Émotion. À l'heure où Maréchal et les siens vont dire adieu au Gymnase, Le Fleuve rouge vient attester qu'il faut toujours croire en nos « actes dignes » surtout lorsqu'ils nous ramènent au « Théâtre dans le Théâtre » miroir privilégié et privilégiant de la Vie."

Le Provençal. 16 octobre 1980


Pierre Marcabru
Intelligent et sensible

"Le travail de Laville et celui de Maréchal s'accordent excellement. Laville, intelligent et sensible, raconte d'une façon à la fois précise et irréaliste l'aventure d'un homme et d'une œuvre prisonniers du même piège, de 1 impitoyable rigueur des temps. Ce récit nest ni exemplaire ni didactique, il relève de la sympathie et de l'effusion, d'une sorte de tendresse attentive, émue, irrationnelle."

Le Figaro. 26 janvier 1981


Dominique Jamet
Une soirée admirable

"À cette œuvre puissante et tumultueuse comme un fleuve, émouvante et sauvage comme la vie de certains hommes ou de certains peuples, jouant sur tous les registre du sentiment et de la forme il fallait un metteur en scène lui-même polymorphe inventif dionysiaque Marcel Maréchal a été cet homme-là, un Marcel Maréchal au mieux de sa créativiié, jamais aussi déchaîné depuis La Célestine un Marcel Maréchal qui déploie d'autre pan toutes les ressources de son talent dans les rôles du Diable et de Staline Bernard Ballet prêle son intéressante pâleur et sa poésie du naturel Boulgakov. Tous les orages de la passion déchaînés sous le crâne de Maïakovski s engouffrent en Jean Claude Drouot hallucinant de ressemblance physique et morale Les chansons de Vladimir Vissotski et de Boulat Okoudjava eux mêmes persécutés sinon dissidents constituent la meilleure illustration musicale de la pièce de Laville Une soirée admirable."

Le Quotidien de Pans. 23 janvier 1981

Radio / France Culture : Nouveau Répertoire de Lucien Attoun (1982)

Avec : Guy Tréjan, Roland Bertin, Christine Fersen, Gérald Robard, Bernard Fresson, Martine Pascal, Jean Bouise, Etienne Bierry, Pascale de Boysson, Thierry Fortineau, Fernand Berset, Hubert Deschamps, Aurélien Recoing, Victor Garrivier, Jean-Claude Jay, Jean-Claude Fall, Marianick Revillon, Jean-Bernard Guillard.

 

créationCréation aux Etats Unis - Goodman Theatre (1983)

adapté par David Mamet sous le titre de Red River
Mise en scène Gregory Mosher

Red River

Critique / Dick Saunders

"Somewhere inside himself, each writer has two lives: caution and passion; pru­dence and imprudence. Perhaps every person has to have a daily life and dreaming to have another life more inventive."

French playwright Pierre Laville, consulting a two-language dictionary from time to time and unnecessarily apologizing for his English, was talking about himself and his play, "Red River," which opens Monday night at Goodman Theater.

The play centers on two post-revolutionary Russian writers: Mikhail Bulgakov and Constantin Mayakovsky.

"The events in the play are true," Laville said. "But it's not important for the audience to know who Bulgakov and Mayakovsky were. They could be Smith and Jones, or A and B. What they represent is happening in many countries."

As to how they are reflected in Pierre Laville, here's what he said about his two lives. "When I was a child, I lived in the country in the southwest of France in a little town. My parents were teachers, and it was obvious that their son would be a very good student. The line was right, and I followed the line. I became a teacher at the Sorbonne when I was very young—19 years old—and taught for 10 years.

"I was, at this time, perhaps both one man and another man. One man was very serious, very dedicated, very grave and the other very lively, very anarchist and very imprudent. Each time I saw an unknown country, I was jumping immediately. And one day, I jumped out of the university. "

Andre Malraux—the great writer and cultural minister under de Gaulle—he knew me and offered me the managing directorship of a house of culture. I became the director of a great enterprise— 100 employees and three theaters—for 10 years.

"Then, I began to write. Very timid. No, not timid. I was very impressed by the fiction writing, the literary writing. When I was teaching, I wrote books on social developments. So I was experienced to write, but absolutely not in fiction.

"Suddenly, I decided to write, so I stopped being a manager. Now, for five years, I'm a writer. Not only a writer. I'm an active man. It's impossible to put me in a room and make me stay on a table. But for five years now, I'm writing."

Laville has written five plays, which have opened in the five national theaters of France.

"Red River" was performed for eight months in the 1,800-seat Theatre National de Chaillot and on French television. Goodman Theater's artistic director, Gregory Mosher, saw a videocassette of the play and asked former Chicago playwright David Mamet to do a translation.

As to the two central characters in "Red River," Laville said, "Bugakov is the passionate writer. For 20 years, he wrote and was forbidden. He knew, when he was writing a new play, that the authorities would not allow it to be performed. He knew, when he wrote a new novel, it would be impossible to publish. But he wrote with obstinacy, with courage, with pride ... in secret, poor, out of society.

"Mayakovsky was the opposite. He was the official poet of the Soviet revolution, with all kinds of possibilities of power. A very beautiful man—tall, powerful, seductive. Marlon Brando. Same guy.

"In meetings, he shouted against Bulgakov, denounced Bulgakov as an enemy of communism. The two men didn't meet. But in my play, they meet. It's a permis­sion granted to myself by myself.

"What they say today is the impossibil ity of a free spirit, a poet, an independent man to live within a totalitarian system. It could be the Russian system or the Argentinian system. In my play, it's a communist system.

"I was in Moscow. I was terrified by the daily life. Not the ideas. The ideas [of communism] are good ideas with human intentions. But in reality, the daily life is awful. And for a writer, a poet, impossible.

"I don't think France could ever become a communist country, because the French people arc more lively and independent. We're very concerned about the intellectu al pressures in Russia and the socialist countries.

"I love my country very much and its culture. Two years ago, when Jean Paul Sartre was buried, 100,000 people were behind the catafalque. Students and old people with flowers and flags. A magnificent homage to a great phitosophe. Then the students sang songs about the freedom to write, the freedom to think, the freedom to live.

"That's the deep reason to my play. That is my fight. My personal fight."

Red River
Red River
Red River

La Maison sous les arbres

créationRadio / France Culture : Nouveau Répertoire de Lucien Attoun (1982)

Avec : Madeleine Renaud, Denise Gence, Emmanuelle Riva, Loleh Bellon, Jean-Claude Drouot, Marcel Maréchal, Etienne Bierry, Stéphane Bierry, Sophie Barjac, Yves Bureau.

 

créationCréation à Béthune - Centre dramatique national du Nord-Pas de Calais (1982)

Mise en scène Jean-Louis Martin-Barbaz
Décors et costumes Alain Batifoulier

Avec : Alain Libolt, Tatiana Moukhine, Jacques Destoop, Martine Pascal, Monique Mélinand, Cyril Robichez, Bernard Jousset, Hélène Avice.

Monique Melinand
La Maison sous les arbres / Monique Melinand
La Maison sous les arbres
La Maison sous les arbres / Alain Libolt et Martine Pascale
La Maison sous les arbres
La Maison sous les arbres / Jacques Destoop, Monique Mélinand, Martine Pascal, Cyril Robichez et Alain Libolt

NOTES par JEAN VAUTHIER

"Je viens de lire La maison sous les arbres. Ce fut une aventure comportant des émois, avec soudainement le "fracas silencieux" d'une révélation, déclic à partir duquel l'œuvre que je lisais faisait invasion doucement - comme l'eau (le friselis de l'eau) de la marée montante qui nous étonne d'aller imprégner tout le sec. Ce déclic en moi, presque tardivement, fut donc celui de la révélation du "rêve éveillé". Ces deux derniers mots, en majuscules. . .

Il convient de signaler d'abord qu'en cette œuvre il s'agit d'un événement principal (mais comme fleur vedette en la gerbe), d'un seul lieu (mais qui en évoque - ou "invoque" - combien d'autres), d'un seul temps ou presque, crépuscule et aurore, ces temps contractés qui essaiment jusqu'à aller cueillir allusivement des époques, tranches d'Histoire... et voilà bien: nous sommes face à une volonté de faire la part belle, propulsion de base, aux choix des données historiques... Je pliais devant ce que je ne croyais être qu'une excellence du langage, une excellence de la chose exprimée de chacun (chacun des personnages exprimant), et mon cheminement de lecteur restait bizarrement imprégné par un charme, et je pensais que s'il me prenait fantaisie de me dédoubler, mon second "moi" aurait licence de ricaner à propos du premier, car la réticence de celui-ci révélait grande fragilité à l'offensive de l'Art...

Car La maison sous les arbres, c'est une famille héritière d'une Fabrique et le cadavre du directeur est là, non loin, dans le grand atelier... Ce mort, ce père, mari, beau-père, amant et homme de bien... Et l'équipe ouvrière refuse de défiler devant le corps. Nous sommes au temps des occupa­tions d'usines. L'océan humain gronde et bat sur les données habituelles, et la famille se trouve devant des coffres vides car pour tenir debout pendant la rage des concurrences industrielles tous les avoirs ont été investis dans la Fabrique... Qui sera le Directeur, qui dirigera ? La mère ou l'un des deux fils restant ? Ce troisième, mort en la guerre d'Algérie. Les intérêts de chacun lèvent la tête... Rarement tant de données, de circonstances, de caractères s'entrelacent, se superposent, voisinent - complémentaires, en une oeuvre exprimée par la palpitation d'autant de touches dans la pâte qu'en compte une toile de maître.

Matière feuillue, compacte, nombreuse, aussi humaine, aussi nombreuse que cheveux par les doigts écartés - geste que fait remarquer Lisa à Julien, Lisa attirée par l'ancien adolescent... ...

Que de caractères mieux que dépeints: agissants, conduits comme sont conduits les claviers d'orgues sous une improvisation inventive... Ainsi naissent ici les paroles et les actes...

Personnages si prenants des deux fils d'Aymeric décédé... et cette magnifique Lisa, l'adjointe sortie du peuple, arrivée au bureau encore gamine, s'étant faite elle-même, d'une intelligence maîtresse qui dominerait n'importe quel cadre, femme "libre" et qui se le prouve en couchant (car l'auteur l'a voulue avec un sourire crispé) - car la coucherie ne relève-t-elle pas du règne étonnamment supérieur de cette femme ? ... C'est la génération montante. Les héritiers,eux, déclinent, savoureusement observés: les deux frères, donc. Georges, le livresque; chaleureusement saisi, engoncé en sa passion de l'Université, progressiste mais qui appelle la police, se dit prêt à saisir les rênes directoriales - et ne saurait pas les tenir. Julien, le cadet, si vivante statue polychrome au fronton de mai 68, saurait peut-être gouverner, ne le peut pas, fantasque autant que généreux, pour bientôt aller se perdre dans la zone séparant le vouloir et le possible. Autre mourant: le vieux contre-maître-chef que la guerre de 40 a porté là, rigoureux, épuisé... La roue tourne (et ne commença-t-elle pas de s'accélérer avec la révolution industrielle dont les balbutiements engendrèrent un nouvel esclavage ?), et dans ce mécanisme implacablement ajusté il y a des rouages de luxe, des personnages, comme dans les compositions picturales, dont le meilleur de leur présence est de diffuser la lumière de leur être: la cousine dévouée, Marie, promène sa charité et son charme... et le non moins merveilleux Artigalas qui ne sert à rien d'autre que d'être asthmatique, vraie note tenue par une aération de l'orchestre...

Je constatais que le Théâtre et la Vie étaient saisis en leur émergence... La parole aux antipodes de la quotidienneté, transfiguratrice, portait à souligner et à marquer maintes et maintes fois dans les marges le surgissement du tréfond des êtres.

Par quels pouvoirs cette sourde épopée apportait-elle tant de différences justes pour tant de personnages différents ? Avance sur nous le relief de la phrase, relief presque redoutable et le son, à crever les tympans, faisait surgir l'image pour nous investir... J'avais reconnu ces caractéristiques; il s'agissait, avant tout, d'un phénomène de l'inspiration, ce langage et cette organisation c'étaient ceux, absolument, du rêve éveillé.

Je crois donc au terme de ces notes, et pour cerner la justesse, de devoir risquer les redites par l'ajout de quelques autres notes hachées dont j'accompagnais ma lecture: "La poésie fait invasion. Pierre Laville est poète, c'est-à-dire en état second. Boit-il de l'alcool, je n'en sais rien. Sans doute son intelligence aigue en fait-elle fi. Il n'évite pas la summersion en poésie; il pêche en lui ce qui est en nous et a partir de cela il vogue en sa pensée, pour nous capturer. Il met la vie sur le plateau à partir du "roman", lequel devient dialogue très efficacement.

Montrer que l'homme dépend de sa condition, sa terre, son climat, sa société, son époque, et qu'il est bon de transformer afin que l'homme retrouve celui d'avant la faute... Mais dérouler son rêve c'était ne pas refouler l'inspiration; la démonstration langagière de Laville bronche-telle sous le flux jeté par les poumons et la bouche ? Sa pensée, son langage sont au delà des notions d'époque, des conditions de vie, des anté­cédents et des exigences économiques, c'est la voix de l'homme de toujours, quels que soient son peuple, son ethnie et son temps. Laville trahit-il son vouloir rigoureux ? Non pas ! Il est poète, et c'est là qu'habite l'essentiel."


Critique par Fabian Gastelier

"Cela commence tout simplement, en clair-obscur, par une soirée de deuil. Quelque part en France, une maison sous les arbres. Pas n'importe quelle maison : une demeure, une image de Pouvoir. Le berceau d'une dynastie de chefs bâti au flanc de la fabrique, cette entreprise ancestrale qui fait vivre toute la région. Mais ce soir, parenthèses dans l'album de famille ;

Ils sont venus pour quoi, au juste, les fils d'Aymeric ? Pour tout, pour rien. Pour des espoirs d'héritage et des réalités d'hypothèque. Le prof paumé. désenchanté (nous sommes au lende­main de l'échec de l'union de la gau­che) ; l'ex-soixante-huitard qui patauge dans un savant patchwork d'honneur et de compromission... Autour d'eux, les témoins du passé : la veuve, rigide et noire ; la vieille cousine au langage simple de campa­gne ; l'asthmatique gâteux qui cite Maurras et rêve encore à cet âge d'or, l'avant 36...

Et puis surgit, imperceptiblement, le personnage principal. Le temps. Le temps qu' coule, balaie tout, nettoie, piège. Le temps qui a bloqué la marche des vieux et qui s'apprête, mine de rien, à faire trébucher les jeunes dans ce magnifique mirage qu'est la fuite en avant... Le temps qui tisse sa toile, Une pour chaque personnage, irrémé­diablement muré dans sa solitude. On confond les souvenirs, on radote, on enrage, on feuillette mentalement l'album jauni des valeurs dépassées, des espoirs effrités...

Au bout du compte, on repart de zéro : les jeux étaient faits d'avance. Tous anéantis dans leurs mesquineries respectives ; dans leurs égoïsmes maladifs, dans leur pauvreté de langage. Car c'est là que le bât blesse : impossible de communiquer. On a perdu l'espéranto, le langage des discours. On ne sait plus s'adresser qu'à soi-même, prisonnier que l'on est de son tout petit univers de codes. Parce qu'à côté de ces êtres embarrassés d'eux-même, un autre vent s'est levé. Monté de la fabrique. La révolte. Les ouvriers qui ne veulent plus plier. oublier, pardonner ou. simplement, obéir à de Gaulle et « participer »... L'immense voile d'une marche collective contre les tristes enjambées des destinées individuelles.

Ainsi va la pièce de Pierre Laville. Comme du Tchékhov d'aujourd'hui. Ce jeune auteur (« la Maison sous les arbres » est sa troisième pièce) manie le théâtre comme peu d'écrivain» aujourd'hui. En sachant doser l'émotion ; en ne versant jamais dans le bavardage philosophico-révolutionnaire. Et pourtant, tout est dit. Du moins, l'essentiel de ce qui constitue un pan entier de l'histoire de notre pays. Pierre Laville, aidé par la mise en scène discrète et pourtant limpide, efficace, de Jean-Louis Martin Barbaz, nous raconte une France en mutation ; des êtres pris au dépourvu. L'histoire, ça va donc si vite ?

Des pièces comme celle-ci, fortement politique et terriblement sensible, il n'y en a pas des centaines. Quand, en plus, vous avez, pour la jouer: Tatiana Moukhine, Marline Pascal, Jacques Destoop, Alain Libolt et Cyril Robichez (en caricature géniale d'un notable de la IIIème République), c'est gagné d'avance... On nous a suffisam­ment bassinés avec des pseudo-pièces, des litanies écrasantes qui théorisaient sans enrichir et surtout, sans émouvoir qu'on ne va pas la louper, cette « maison »-là. Elle est née d'un authentique écrivain de théâtre, au cœur de la décentralisation. À Béthune. Dans le Nord où les fabriques et les familles n'ont souvent fait qu'un. Mais la pièce de Pierre Laville ne peut se contenter de parcourir la France entière où. à chaque passage ! C'est sûr, elle fait ressurgir des souvenirs de lutte ; elle rappelle des années, — pas si lointaines que cela — où le « bon ouvrier » était celui qui voulait bien marcher main dans la main avec le patron. Quitte à la perdre, cette main, dans un accident du travail ! Non, cette pièce doit venir jusqu'à Paris. Très vite. Parce qu'elle est exemplaire. Le théâtre contemporain s'étouffe ; « la Maison sous les arbres » ouvre les fenêtres."

Les Trois Mousquetaires
Tiré du roman d’Alexandre Dumas, en collaboration avec Francois Bourgeat et Marcel Maréchal.

Les Trois Mousquetaires
Édition :
Approches "Répertoire"


Les Trois Mousquetaires
Édition :
Avant-Scène
Les Trois Mousquetaires de Pierre Laville
Les Trois Mousquetaires
/ Jean Claude Drouot, Raoul Billerey, François Dunoyer et Edmond Vuillioud

créationCréation à Marseille - Théâtre national de Marseille-La Criée (1982)
Création à Paris -Théâtre de Paris (1985)
Tournée national Théâtral Actuel
Tournée internationale ( Belgique, Pays-Bas, Suisse, Tunisie, Brésil, Argentine, Uruguay, Allemagne, Espagne, Portugal et Chine )
Filmé par Antenne 2

(Meilleur spectacle de l'année, prix du Syndicat de la Critique dramatique 1983)

Mise en scène Marcel Maréchal et Raoul Billerey
Décors et costumes Jacques Angéniol.

Avec : François Dunoyer, Jean-Claude Drouot (Philippe Bouclet), Raoul Billerey, Edmond Vuilloud, Francine Bergé (Brigitte Catillon, Sylvie Genty), Jean-Pierre Moulin (Jacques Boudet), Jean-Jacques Lagarde (Michel Ouimet), Alain Crassas, Daniel Berlioux (Alain Sachs), Jacques Angéniol, Sophie Deschamps (Sophie Arthur), Luce Mélite (Michèle Grellier), Philippe Bianco, Danièle Stephan, Michel Demiautte (Jacques Germain), Richard Guedj, Olivier Picq, Lionel Vitrant, Alain Saugout, Rico Lopez, Alexandre Fabre, Gérard Lacombe.

François Dunoyer
Les Trois Mousquetaires / François Dunoyer
Francine Bergé
Les Trois Mousquetaires / Francine Bergé
Olivier Picq et Jean-Pierre Moulin
Les Trois Mousquetaires / Olivier Picq et Jean-Pierre Moulin

Paris - Reprise au Théâtre du Rond-Point des Champs Elysées (1999-2000)
Tournées en France et pays francophones (2000)
Les Trois Mousquetaires ont été interprété aux Pays-Bas, au Brésil, en Argentine, en Uruguay, en Allemagne, en Espagne, au Portugal

Les trois mousquetaires

Mise en scène Marcel Maréchal et Raoul Billerey
Décors et costumes Alain Batifoulier.

Avec : Emeric Marchand, Cécile Paoli, Olivier Breitman, Mathias Maréchal, Arno Chevrier, Jean-Pierre Moulin, Daniel Berlioux, Angelo Bardi, Danielle Arditi, Gérard Berregard, Anthony Cochin, Yannick Debain, Coco Felgeirolles, Flore Grimaud, Pascal Lopez, Fabrice Pruvost, Bruno Ricci, Daniel San Pedro, Lionel Vitrant, Alain Saugout.

Théâtre du Rond-Point
Les Trois Mousquetaires / Olivier Breitman, Arno Chevrier, Mathias Maréchal et Emeric Marchand

Création en Chine - Théâtre National de Shanghaï
Traduction en chinois

Les 3 Mousquetaires
Shangaï
Les Trois Mousquetaires à Shangaï, Les comédiens en mai 1985 qui joueront les rôles de d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis

Les Nuits et les jours

Les Nuits et les jours
Édition :
Avant-Scène
Julie Jezequel et Juliet Berto
Les Nuits et les jours / Julie Jezequel et Juliet Berto

créationCréation à Reims - Centre dramatique national de Reims (1985)
Paris - Théâtre 14-Jean-Marie Serreau
Filmé par FR 3

Mise en scène Catherine Dasté et Daniel Berlioux
Costumes Jean-Pierre Capeyron, musique originale Carlos d’Alessio.

Avec : Juliet Berto, Julie Jezequel, Roger Mirmont, Juliette Brac, Gilberte Géniat, André Thorent, Christian Sinniger.

Juliet Berto
Les Nuits et les jours / Juliette Berto
Juliette Brac et Juliette Berto
Les Nuits et les jours / Juliette Brac et Juliette Berto

Critique / Michel Cournot

"Écouter Les nuits et les jours, c'est entendre la trame du temps, sa voix nue.

Dans cette pièce, plus les femmes et les hommes essaient, ne serait-ce que pour se re­joindre, de tendre des signes de leur être per­sonnel, de leur histoire et de leur âme singu­lières, plus leurs yeux et leur voix perdent leur couleur propre, se fondent dans la substance ambiante de la trame du temps, ce tissu si fin, si impalpable, de l'existence, que tous, sans y songer, partagent.

Il serait illusoire, pourtant, d'entremêler des fils plus lointains que ceux des personnes ici présentes dans les lumières. Une île caraïbe et une campagne française, l'odeur acre et fauve d'une prison et les courants d'air d'une brasse­rie, une chambre de clinique psychiatrique, inanimée, froide, par moments traversée de cris, et un bureau directorial d'entreprise, actif.

Mais tout se passe ici comme si les qualités et les mémoires sensibles, non conciliables, d'une poignée de protagonistes pris, très loin l'un de l'autre, dans la multitude, se confon­daient à l'instant, disparaissaient dans la pé­nombre, dans la brume opaque d'une exhalai­son de la vie.

Au théâtre, d'habitude, un soir dans l'autre, une pièce dans l'autre, des femmes et des hommes sur la scène, échangent des paroles. Et ainsi va l'action. Et comme pour les besoins de la cause, ils parlent plus qu'eux-mêmes, plus net et fort qu'eux-mêmes. Et aussi comme si une part isolée et accentuée d'eux-mêmes s'expri­mait plus qu'eux-mêmes. Et aussi, un petit peu, comme si les eaux qui courent dans le fleuve de la vie s'arrêtaient, afin qu'ils parlent ainsi.

Cette pièce de Pierre Laville a lieu autrement. Elle nous fait entendre, atteindre, le phénomène infini, invisible, normalement inaudible, de l'immanence sourde et du champ aveugle à travers lesquels chemine, tant bien que mal, de bon cœur et à cœur défendant, tout être ici-bas.

Il n'est plus de mise, aujourd'hui, dans ce monde si vite métamorphosé où nous survivons, d'invoquer un fatum, un destin, pas plus que des hasards, comme le théâtre l'a fait, de la Grèce à l'Allemagne, au cours des âges.

Il n'empêche que le théâtre retrouve ipso facto des horizons de cet ordre dès que se confrontent en paroles deux ou plus de deux "personnages", deux ou plus de deux exemples de la volonté de vivre, même de l'obligation de vivre.

Vivre, comment cela se vit-il, pour chacun de nous ? Que sont ces éclairs de vertige où le jour n'est que du noir, que du vide ? Quel est ce don d'oubli auquel il faut s'accrocher des dix doigts pour ne pas choir dans un abîme, pour accom­plir toute chose ?

Aux premières minutes de cette pièce de Pierre Laville, une femme et un homme, incon­nus l'un de l'autre, reviennent de loin dans leur vie, font les premiers pas pour ça. Ils en étaient sortis. Et c'est une douleur violente, peu oubliable, que la fragilité des yeux, des jambes, sur le trottoir, et la violence de l'air libre, à la sortie de la prison ou de l'hospice psychiatrique. Chaque gorgée d'air, dans la poitrine, blesse et fait peur.

Cet étourdissement, lors du retour au flux de la vie, se passe dans la tête. Le vivant reprend conscience des chocs qui vont marquer ses jours, ses nuits. Et là, dehors, la porte refermée dans son dos, il en reprend conscience de front, entièrement, avant que la nécessité et les accommodements aient atténué les angles.

Vivre, ça ne se vit pas. Il y a trop d'empêchements, à la traverse. Il y a un monde de méprises, d'imprévus, de fautes exprès ou non exprès commises, un monde de joies qui échappent, un monde tout simplement de faits et d'actes qui sous nos yeux et dans nos mains nous échappent, comme si cela presque était la loi de vivre sa vie et celle des autres.

Ce que nous disions : l'immanence sourde, le champ aveugle. Cette frange d'ondes irréelles dans quoi nos vies naviguent à vue, à la seconde même où pourtant toutes nos facultés sont à la tâche, pour faire face.

Avec "Les nuits et les jours", le théâtre, pour une fois, met ses pas dans cette frange d'ondes où vivre n'est plus une comédie, ni une mani­velle, ni un jeu un peu forcé. Où vivre, c'est tenter de s'orienter dans un taillis confus d'apparences pures, à contre-jour, à contre-nuit. Alors les femmes et les hommes échangent des paroles étonnées, plutôt brèves toutes affectées d'une même demi-lueur translucide, au-delà du mal et du bien.

Chaque vue perçante a ses aveuglements. Chaque indulgence a ses injustices. Chaque fraternité a ses sauvageries. Les vivants de cette pièce, désarmés, laissent filtrer leurs substances contraires à travers le tamis du temps. L'espace qu'ils habitent est le sablier du temps. Trans­mués dans l'immanence sourde du sable, les protagonistes de Les nuits et les jours ne parlent pas plus fort qu'eux-mêmes.

De bien longues absences ont brisé leurs voix. Ils s'éloignent, solitaires la main dans la main, tout grisés déjà par une autre absence, la défi­nitive. Ils coupent à travers champs sans écraser les blés. Leurs ombres inversées profilent de longues plages claires, bruissantes, sur la pous­sière rose sombre des points du jour et des couchants.

 

Les traces

Cette pièce de Pierre Laville se distingue par deux qualités étranges. La première, c'est une impression de « traces ». Comme si les faits et gestes n'avaient pas lieu, de but en blanc, mais comme si des antécédents, des choses publiques ou privées, la Résistance, la Libération, ou les ombres tremblantes des platanes de l'allée qui menait à la ferme, l'été, les mois de vacances scolaires, avaient, sur le tissu des jours actuels, laissé juste des traces, des marques plus ou moins enfoncées dans le sable, parfois presque impalpables, mais qui ne peuvent disparaître.

Cela pourrait faire croire que la pièce de Laville a quelque chose d'indécis. Au contraire, elle y gagne une force d'évocation et de méditation saisissante. Les traces sont parfois plus présentes que les vies. Qui oserait nier que notre pays, quarante ans pourtant déjà après la fin de la guerre, reste très profondément choqué, déterminé, par les traces d'une occupation, d'une persécution des juifs ?

La seconde qualité essentielle de pièce les Nuits et les Jours tient à la substance singulière des dialogues. il y a les paroles, d'une part, prononcées par cette femme cl cet homme amputés par un internement. Et tout se passe comme si les paroles pro­noncées par les autres protagonistes, amis, parents, étaient entendues par nos deux amputés dans un froid affectif, dans un vide.

Parole anesthésiée, verbe non partagé. échanges perdus, qui suscitent des asphyxies plutôt que des soli­tudes. alors que, curieusement, les jours, et les accidents des jours, avancent d'un pas têtu, jusqu'à ce que cette femme et cet homme s éloignent lentement, à contre-jour, dans un avenir mensonger, dans un faux-semblant de futur, — et cette belle pièce fait alors songer à la phrase d'Henri Michaux : « La comédie des feuilles, n'allez pas la jouer à l'arbre. »

La mise en scène de Catherine Dasté et Daniel Berlioux, sorte de pavane ralentie dans les barricades mystérieuses d'un jeu de vitres et de miroirs, accompagne bien l'action. Juliet Berto (la jeune femme) et Roger Mirmont (l'ex-prisonnier), manifestent une inhabileté, peut-être voulue. Juliette Brac et André Thorent font des créations remarquables."

Retours

Retours
Édition :
Actes Sud - Papiers
Retours

créationCréation à Paris - Théâtre national de l’Odéon (1988)
Marseille - Théâtre national de Marseille (1989)

Mise en scène Patrice Kerbrat
Décors Laurent Peduzzi, costumes Pascale Fournier.

Avec : Laurent Malet, Hélène Vincent, Michelle Marquais, Andrée Tainsy, Jean-Michel Dupuis, Jean-Jacques Lagarde, Fanny Delbrice, Sophie Caffarel.

Hélène Vincent
Retours / Hélène Vincent
Laurent Mallet et Hélène Vincent
Retours / Laurent Mallet et Hélène Vincent
Jean-Michel Dupuy
Retours / Jean-Michel Dupuis
Jean Jacques Lagarde, Michelle Marquais et Andrée Tainsy
Retours / Jean-Jacques Lagarde, Michelle Marquais et Andrée Tainsy
Antoine Vitez

Critique / Armelle Héliot

"Dans le programme du spectacle, Pierre Laville cite un texte de Jean-Christophe Bailly paru dans un numéro spécial de notre confrère «le Monde » consacré au théâtre contemporain. Un très beau texte qui éclaire ce que l'on ressent, au Théâtre de l'Odéon, en assistant à la représentation de «Retours». Jean-Christophe Bailly parle des mots qui « habitent l'espace comme des points de réso­nance mobiles. Le sens vient le long de ces points comme une ligne discontinue où les instants se détachent. »

Ce sentiment de voir les mots se risquer « vers un devenir qui ressemble à leur origine silencieuse», étreint tout au long du spectacle réglé avec une grande minutie, tranchante, presque cruelle, par Patrice Kerbrat.

Sur le plateau un peu trop pompeusement décoré par Olivier Peduzzi, les acteurs se meuvent dans un espace qui n 'a rien à voir a avec le réalisme apparent des descriptions. On comprend le parti pris scénographique : vider l'espace, refuser le salon bourgeois d'une maison de province, c'était une position, une proposition intéressante. Mais ce décor gêne pourtant: il fait trop grand hall, il prétend trop à la splendeur. On pouvait imaginer un espace mental, abstrait : mais là, il a quelque chose de trop lourd.

Ce n 'est pas un détail : « Retours » garderait sa force un peu sèche, même joué dans un décor très conventionnel et sans doute l'histoire toucherait-elle plus les spectateurs. « Retours » trouverait son accomplissement dans un espace nu mais discret. Ici, on ne peut s'interdire de penser que le scénographe est un nouveau riche: la pompe étouffe le jeu. Heureusement, le plateau est habité par des acteurs flamboyants d'intelligence et ils imposent la gravité comme l'émotion.

L'intrigue est simple, pure. Dans une grande maison de la province française, le père vient de mourir. Les deux fils vont se retrouver autour de leur mère, de la vieille cousine, de la jeune femme entre­prenante qui fait tourner la fabrique (une fabrique de jouets) qui est tout le bien et tout le tourment de la famille. La Femme et la fille de l'un des fils sont là aussi. C'est tout. Retours. Retrouvailles. Tours et détours des cœurs. A petites touches, on recompose ce qui fait les liens invisibles, les jalousies, les trahisons, les amours qui se délitent.

Peu d'action, en fait. Il y a là comme une longue attente: après la mort du père, ce sera celle de la fabrique. Une attente cotonneuse, étrange, vaguement angoissante.

C'est la vie même qui inquiète sourdement, c'est la vie qui insiste, et élance, comme une ancienne douleur familière et irritante.

La comédie pourrait être psychologisante, mais il y a une langue, un style. Une économie d'écriture, sans raideur, la phrase tend tou­jours à une pureté d'arme blanche. L'origine silencieuse dont parle Jean-Christophe Bailly, l'auteur cherche à la toucher.

Le metteur en scène Patrice Kerbrat a construit toute sa direction d'acteurs en ce sens. Et les acteurs suivent. Un très beau plateau : tous grands acteurs, acteurs rares, qui jouent ensemble, sans jamais vouloir rabattre l'autre. Cela donne un jeu de haut niveau, tendu, tenu.

Chacun donne le meilleur de soi : Andrée Tainsy sa vérité bouleversante, Fanny Delbrice sa nervosité croissante, Sophie Caffarel sa fraî­cheur angoissée, Jean-Jacques La-garde son naturel nostalgique, Lau­rent Malet sa force radieuse, Jean-Michel Dupuis son énergie désespérée, Michelle Marquais son aristocratique mélancolie, Hélène Vincent sa force irisée. Tous justes, tous forts. Bien sûr, il y a des personnages dominants, domina- teurs, comme dans la vie: ainsi justement Lisa que joue Hélène Vincent. Sans doute d'ailleurs parce qu'elle n'est pas vraiment de la famille, elle. Presque exclue par moments. Volontaire, compliquée, tenace et fragile. Hélène Vincent est magnifique, une fois de plus.

Pierre Laville a travaillé en séquences assez courtes, vives, qui donnent un rythme à la représentation : Kerbrat ralentit peut-être un peu trop le tempo des scènes. Parfois on aimerait qu'au fil tranchant des mots réponde quelque chose de plus frénétique parce que par-delà la douceur de vivre, par-delà le printemps et l'été qui s'installe, par delà le calme tendre, on entend !a musique déchirante de la perte et de la mort, des tempêtes et des orages désirés."

Le Voyage à Bâle

Le Voyage à Bâle
Édition :
Actes Sud - Papiers
Le Voyage à Bâle

Érasme
Érasme raturé par la Congrégation de l'Index

créationPremière version créée au Théâtre du Rideau de Bruxelles en Belgique (1990), sous le titre : Érasme, le temps d’un portrait

Mise en scène Jean-Claude Berutti

Avec Pierre Constant, Nicole Valbert, Michel Guillou, Jean-Paul Dermont, Frédéric Lepers.

créationRadio / France Culture : Nouveau Répertoire de Lucien Attoun (1992)

Avec : Michel Vitold, Marie Pillet, Denis Manuel, Marc Ernotte, Marcel Tamaris.

Création à Marseille - Théâtre national de Marseille-La Criée (1994)

Mise en scène Simone Amouyal
Décors Thierry Leproust, costumes Patrick Dutertre.

Avec : François Chattot, Christine Murillo, Jean-Claude Adelin, Didier Carette, Ahmed Ben Bachir.

François Chattot
Le Voyage à Bâle / François Chattot
Christine Murillot et Jean-Claude Adelin
Le Voyage à Bâle / Christine Murillo et Jean-Claude Adelin
François Chattot et Jean-Claude Andelin
Le Voyage à Bâle / François Chattot et Jean-Claude Andelin

Critique / Bernard Thomas

"Un drôle de corps, ce Monsieur Érasme. Il habitait Fribourg, où il crachine en permanence, ce qui n'est bon ni pour les rhumatismes ni pour les bouquins. Cela se passe vers 1530, une époque où la moindre divergence de vues sur un petit point de rien du tout de saint Thomas vous expédiait aux gémonies, préalablement découpé en rondelles, la langue un peu bouillie et les arpions précuits. Il avait une drôle de cervelle aussi : il savait tout sur tout, et préten­dait, du coup, que ce n'était pas vraiment la peine de s'embrocher avec autant de zèle pour une coquille de saint Jacques, un erratum d'Aristote ou une bévue chez ce brave Paul. Cela en fît l'inventeur de l'humanisme et une sorte de papy des Lumières.

Bien entendu, en ce temps-là pas plus qu'au nôtre cette atti­tude ne plaisait. Luther, qui n'avait pas le sens de l'humour, ne lui pardonnait pas de l'avoir pris pour l'un des siens sous prétexte qu'il était d'accord pour que tout le monde lise la Bible. Il voulait le faire embrocher par ses reîtres. Quant au pape, plus roublard, avant d'en arriver à ces extrémités, il préféra, le bon apôtre, lui offrir d'abord une carrière de cardinal pour mieux le chapeauter.

C'est à ce moment que Pierre Laville saisit notre énergumène :à l'instant où l'envoyé de Rome, Barthélémy (Ahmed Belbachir), qui est un ancien élève, vient lui proposer le pieux marché. D'où goguenardises, pirouettes, faux- fuyants et vrais bons mots du Maître, tandis que la consternation s'empare de son entourage réduit : Jean Froben, le disciple favori (Jean-Claude Adelin), et Marguerite (merveilleuse Chris­tine Murillo), serveuse et maîtresse femme, allure flamande et cuisse légère, reine de la pâte à pain et croustillante de vivacité.

Chantage de l'envoyé ; ce sera la pourpre ou la mise à l'Index par la Sainte Congrégation, des gros ennuis, peut-être l'excommunication au bout. Érasme cède d'autant plus vite que le roi d'Angleterre vient de zigouiller son pote Thomas More, l'inventeur de l'île d'Utopie, coupable lui aussi de trop de liberté d'esprit. Et les voilà tous les quatre partis. Chemin faisant, Érasme rencontre le fanatisme guerrier en la personne d'Ulrich von Hutten (Didier Carette), autre brillant ancien élève - et la folie. Il craque. La déraison fait tituber la caboche, les hallucinations peuplent la cervelle : à quoi servent tant de savoir et de si subtiles exégèses sur le divin et l'homme devant les souffrances ? L'éloge de la folie n'est-il pas à faire aussi, cette part d'ombre sans laquelle rien ne serait ? La part du diable, en somme. Parvenu à Bâle apaisé, réconcilié avec lui-même, pesant les apories qui sont le plus haut degré du doute, baigné d'incertitudes lumineuses, après s'être vu re­nier par ses trois disciples dont chacun a choisi une voie exclusive, aucun n'étant capable de suspendre son jugement, Érasme va s'employer à peaufiner son essai en compagnie de Marguerite, charnelle et pure, qui lui ap­porte l'harmonie de ses sphères rondes.

Pierre Laville a plongé dans une faille de la biographie du savant rebelle pour nous l'imaginer plus vivant que nature. La mise en scène de Simone Amouyal, dans le décor sobre, presque dépouillé de Thierry Leproust, nous fait toucher du cœur les acrobaties du géant pris au piège de son corps d'homme et de ses pul­sions, prêt à se fracasser le crâne contre les étoiles, et qui retombe, vacillant, pris par la terre, épris d'elle. C'est superbe. Un grand mouvement passionné qui nous emporte au galop deux heures durant d'apothéose en déglingage, des cieux de l'empyrée aux pâquerettes qui poussent sur la boule bleue. François Chattot, il est vrai, incarne si fort Érasme qu'il nous empoigne et ne nous lâche plus. Une belle pièce, à la fois lumineuse et drue."


Critique / Olivier Schmitt

"Dans un immense cabinet de travail dont les murs de bois teinté de rouille sont couverts de dessins et de formules diverses, un homme paraît, de haute taille, chaudement habillé. Ce n'est pas Léonard de Vinci mais Érasme (François Chattot). Dans les frimats de Fribourg qu'il abhorre, il travaille, il écrit, il enseigne, prodige d'invention et de liberté. Si la Renaissance est venue, l'Inquisition est toujours à l'ouvrage. Tandis que certains inventent, d'autres briment, pourchassent et tuent. Les laborantins du progrès humain s'opposent aux bûchers des conservatismes.

Dans l'entourage d'Érasme, il y a Marguerite (Christine Murillo), la compagne, la servante, douce ou violente, c'est selon, femme de rien entrée dans la confidence du philosophe et qui s'est construite ainsi une pensée affranchie. Il y a aussi Froben (Jean-Claude Adelin), l'élève, le factotum, scribe et garde du corps, attaché indéfectiblement à Érasme au point de ne pouvoir s'éloigner de lui. Il y a enfin un enfant, muet comme une carpe et présent comme un bon génie. Enjoué ou boudeur, combatif ou abattu, il est le baromètre innocent des humeurs de la maison. Dans un laps de temps très court, trois nouvelles vont bouleverser la vie d'Érasme et sa vision du monde. A Londres, son meilleur ami, le chancelier du royaume, Thomas More, est exécuté pour avoir désapprouvé le divorce d'Henri VIII. Érasme perd l'homme avec qui il a traduit les Dialogues, de Lucien, satiriste grec du IIème siècle, et le plus fidèle de ses propagateurs. À Rome, le pape Paul III, érudit lui aussi et de formation laïque, a décidé de dépêcher à Fribourg un messager, Barthélémi (Ahmed Belbachir), pour convaincre Érasme de devenir cardinal. Barthélémi fut l'un de ses élèves avant de s'installer à Rome pour tenter d'y diffuser sa pensée. Enfin, Ulrich von Hutten (Didier Carette), un ancien élève lui-aussi, a choisi le parti de Luther et bataille en Allemagne. Il surgit à Fribourg et veut convaincre Érasme, un peu plus tard, que le grand schisme est aussi le sien. Il n'y parviendra pas.

La pièce de Pierre Laville nous transporte donc dans une Europe en guerre à l'un des moments-clés de son histoire. Les particularismes s'affirment, au travers des langues avant tout, contre la toute-puissance de l'Église et du latin. Les tensions religieuses sont à leur acmé : ici l'Inquisition, là l'Index et les livres brûlés, les écrivains pourchassés. La pièce questionne aussi les relations maître-disciple, détention et trans­mission du savoir. On songe évidemment à notre Europe en guerre, à nos écrivains pourchassés, à nos systèmes de pensée éculés et à l'effondrement des modèles éducatifs. En ce sens, le Voyage à Bâle est de loin la meilleure pièce de Pierre Laville, la plus courageuse et la mieux maîtrisée de cet homme à tout faire du théâtre français, conseiller littéraire de la Criée de Marseille, éditeur, journaliste, etc. Pourtant, Simone Amouyal a sans doute eu raison de supprimer son dénouement, transposé aujourd'hui sur un plateau de télévision, et de demander à l'auteur quelques modifications du texte.

Une façade de volets mobiles

Sa mise en scène est un prodige d'intelligence et de fantaisie. Loin de tout naturalisme, sans souci de reconstitution historique, elle nous donne la pièce comme un conte, un voyage, certes, celui d'Érasme de Fribourg à Bâle, mais un voyage de pure imagination, fantastique, onirique parfois, d'une grande beauté. Quand la pensée est menacée, nous dit-elle, elle n'a pour tout refuge que la pensée elle-même. Chez elle, le théâtre est le lieu évident de cette méditation qui s'accommode pourtant de l'humour (comme cette très jolie — et tout à fait véridique — partie de billes d'Érasme avec ses proches) et de l'engagement : les rapports des acteurs sont parfois vifs, violents même : courses, empoignades, affrontements, donnent en permanence au spectacle un rythme vigoureux.

Elle s'est entourée à cette fin de quelques sorciers de première qualité : le décorateur Thierry Leproust (compagnon de Roger Planchon, d'Angelin Preljocaj ou de Michel Deville) ; il a imaginé une « maison » dont on voit surtout une façade de volets mobiles qui donnent sur un paysage glacé, splendide. La forêt de tous les dangers qui sépare Fribourg de Bâle devient un simple bonsaï posé sur un rocher à l'aplomb d'une lande de terre noire... André Diot a savamment réglé ses lumières sur un vélum blanc. Le costumier Patrick Dutertre combine matières nobles et rustiques pour nous donner la richesse et le déchirement des personnages. Enfin, le compositeur Thierry Fouquet signe ici sa musique de scène la plus constamment inventive. Eux cinq ont réalisé une œuvre plastique forte, dont les sommets voisinent avec Alcestis, que nous avait donné Bob Wilson à Nanterre il y a quelques années. Là couve le feu du théâtre d'aujourd'hui.

Ils y parviennent d'autant mieux que le petit groupe d'acteurs réunis et dirigés par Simone Amouyal est de première qualité. On se souviendra longtemps de l'Érasme de François Chattot. Voilà un personnage, un acteur, avec juste ce qu'il faut d'enfance dans un corps mûr, juste ce qu'il faut de folie et de poésie dans la construction savante de son personnage. Et quand, dans la forêt, Érasme/Chattot dialogue avec la mort et fait le compte des revers d'une vie d'honnête homme, on songe à Lear perdu sur la lande, au théâtre, à son éternité."


Critique / Marion Thébaud

"Pierre Laville aime rappeler ce mot de Sacha Guitry : « Travailler, travailler comme si c'était défendu ! » En pratique, cela donne un homme curieux, infatigable, toujours par monts et par vaux pour découvrir ou soutenir un auteur, un metteur en scène, un comédien, plaider pour le théâtre qu'il place au premier rang de ses passions.

Le résultat ? Trois pièces à l'affiche et une quatrième pour la fin du mois. A Paris, il est joué rive gauche (Tempête sur le pays d'Égypte, par Brigitte Fossey et Manuel Blanc) et rive droite (la Source bleue, par Marina Vlady, Rosy Varte et Claude Vega). À Marseille, le théâtre de la Criée crée Le Voyage à Bâle, mis en scène par Simone Amouyal, Enfin, la Gaîté Montparnasse affichera à partir du 22 mars Oléanna, de l'Américain David Mamet, qu'il a adapté pour Charlotte Gains-bourg et Maurice Bénichou.

« Je vis la plus riche des expériences, dit-il. Ces pièces sont jouées dans des théâtres très différents parce qu'il existe des publics différents. Je refuse de m'interdire une forme théâtrale sous prétexte qu'elle serait moins noble. La grande différence entre secteur public et secteur privé peut se résumer à une anecdocte. Dans le secteur public, si quelques répliques font rire, on va vous demander de couper. Dans le secteur privé, c'est l'inverse. Abattons les murs de Berlin élevés par des spécialistes, brisons ces divisions dogmatiques et discriminatoires. »

Avec Le Voyage à Bâle, Pierre Laville une fois encore donne la parole à un personnage historique, Érasme : « Je n'aime pas les pièces qui sont un déballage intime. Comme Roger Planchon, je prends appui dans l'Histoire pour raconter ce qui me touche. Le Voyage à Bâle n'est en aucun cas une pièce historique, mais le parcours d'un homme qui, le temps d'un voyage entre Fribourg et Bâle, va changer. Il était une sorte d'abbé de cour, il se révélera un homme libre, dégagé de toute influence, capable d'assumer tous ses choix. »

Érasme, joué par François Chattot, pris en tenailles entre Rome et Luther, part sur les routes, entouré par sa gouvernante, sorte de Dorine, un moment Dulcinée (Christine Murillo), et ses disciples, Froben (Jean-Claude Adelin) et Barthélémi (Ahmed Belbachir). En chemin, ils seront attaqués par un vol d'aigles, traverseront pics et cascades, trembleront devant l'Inquisition. Un grand spectacle que met en scène Simone Amouyal, qui conclut :

« Pierre Laville tourne autour de l'idée que la pensée ne peut agir que si elle circule, que si elle est comprise de tous. »"

Tempête sur le pays d'Égypte

Tempête sur le pays d'Égypte
Édition :
Actes Sud - Papiers
Tempête sur le pays d'Égypte

créationCréation à Saint-Denis - Théâtre Gérard Philipe (salle Jean-Marie Serreau) (1993)

Mise en scène Jean-Claude Fall
Décors et costumes Gérard Didier.

Avec : Brigitte Fossey, Manuel Blanc.

Brigitte Fossey et Manuel Blanc
Tempête sur le pays d'Égypte / Brigitte Fossey et Manuel Blanc
Brigitte Fossey et Manuel Blanc
Tempête sur le pays d'Égypte / Brigitte Fossey et Manuel Blanc

Critique / Bruno Villien

"Se souvenant que Tchékhov et Boulgakov avaient débuté comme médecins, Pierre Laville a imaginé un garçon de 23 ans perdu du côté de Smolensk à l'époque de la révolution.

Il n'a qu'une infirmière à la générosité illimitée pour faire face à des paysans misérables. Tous deux affrontent l'ignorance et la superstition, jusqu'à ce que Mikhaïl décide d'abandonner la médecine pour devenir écrivain et témoigner. Cette suite de brèves scènes dramatiques, qu'éclairent parfois des traits d'humour noir, est interprétée à la perfection par Brigitte Fossey et Manuel Blanc. Lumineuse dans la force et la confiance, l'actrice est aussi, successivement, une paysanne dont l'enfant a le croup, la sœur d'un prisonnier, une vieille croassante, une princesse dans un nuage de tulle. Avec sa petite barbe et sa diction incisive, le comédien semble sorti tout droit des pages d'un grand roman russe.

Ce duo profondément humain est mis en valeur par la belle mise en scène de Jean-Claude Fall qui, dans une simplicité d'épure, multiplie les trouvailles poétiques. Un théâtre d'ombres apparaît dans une mallette à la lueur d'une bougie, des draps sor­tent du sol pour permettre des changements de personnages et, sans relâche, la neige tombe. Avec sa sensibilité à fleur de peau, ce spectacle est por­teur des plus hautes exigences.

Merveille d'écriture, cette pièce est un chef-d'œuvre intemporel."

Reprise à Paris - Théâtre de la Gaîté Montparnasse (1994)

Tempête sur le pays d'Égypte

La Source Bleue

La Source bleue
Édition :
Actes Sud - Papiers
La Source bleue

créationPremière version créée en Belgique, au Festival de Spa, puis à Bruxelles, sous le titre: Colette et Moreno (1994)

Mise en scène Adrian Brine

Avec Daniela Bisconti, Stéphane Escoffier, Frédéric Laurent, Leonil McCormick, Reno Rikir.

créationRadio / France Culture : Nouveau Répertoire de Lucien Attoun

Avec : Geneviève Page, Emmanuelle Riva, Pierre Constant, Franck Fairlo dit François Feroleto, Jean-François Regazzi.

Genevieve Page et Emmanuelle Riva
La Source Bleue / Genevieve Page et Emmanuelle Riva

Création à Paris - Théâtre Daunou (1995)
Tournées en france et pays francophones Cled Productions

Mise en scène Jean-Claude Brialy
Décors et costumes Pierre-Yves Leprince.

Avec : Rosy Varte, Marina Vlady, Claude Vega, Franck Fairlo dit François Feroleto, Mathias Mégard.

Marina Vlady et Rosy Varte
La Source Bleue / Marina Vlady et Rosy Varte
Rosy Varte et Franck Fairlo
La Source Bleue / Rosy Varte et Franck Fairlo dit François Feroleto
Marina Vlady et Claude Vega
La Source Bleue / Marina Vlady et Claude Vega

Critique / Armelle Héliot

"C'est avec soin, avec esprit, avec tact, avec finesse que Jean-Claude Brialy met en scène, dans un décor aussi efficace qu'harmo­nieux, ce texte nourri des écrits de deux femmes exceptionnelles, Colette et Marguerite Moreno. Le public raffole des ces évocations sensibles qui donnent un étrange et troublant sentiment de familiarité avec ces hautes figures de la littérature, du théâtre.

Pierre Laville construit sa pièce sur un effet de miroir : les deux amies, qui furent autrefois deux très tendres amies, ont pour compagnons de très jeunes gens. Colette a son doux esthète en la personne du délicat Maurice, Moreno a son beau musclé en la personne du solide et terrien Pierrou. Deux femmes dans la maturité et la célébrité de belles vies, ardentes, fortes, hors des chemins battus. Deux femmes qui, sur le tard de leurs vies (la pièce se clôt sur la mort de Marguerite), sont toujours actives entreprenantes, ne se laissent que rarement enva­hir par la mélancolie. Deux fem­mes ici incarnées par deux merveilleuses interprètes qui sont à la fois ressemblantes à leurs modèles (ce qui n 'est pas sans charme, il faut bien de dire) et qui possèdent des personnalités fortes, envoû-tantes même. Sans elles, d'ailleurs, le spectacle serait moins sésuidant car elles donnent, et immédiatement, une vérité, une densité à ces deux femmes et l'on oublie l'artifice pour suivre leurs pensées et les irisations de leurs âmes exaltées et douloureuses.

Pierre Laville sait y faire. Il connaît par cœur la vie des deux belles, se réfère à leurs écrits, leur correspondance. Il est aime, ces deux femmes et ne les montre jamais ridicules. Le personnage que joue Claude Vega, « Tonton », est aussi très bien dessiné et l'acteur à la fragilité enfantine qui convient, quelque chose d'un vieil enfant blessé, inconsolable. Matthias Megard qui joue Maurice, a de l'élégance, de la finesse, Franck Fairlo, Pierrou, possède, lui, la bonne santé du garçon des champs et joue très bien l'embarras de ce jeune homme qui refuse les mondanités pour le grand air.

Et puis il y a donc la moelleuse et lumineuse Marina Vlady, Colette douce, et tendre, et gour­mande et travailleuse, Colette qui, lorsqu'elle se trouble, se prend à rouler les « r ». Face à elle, énergique et racée, superbe, Rosy Varte, dont on sait depuis longtemps qu'elle est une très grande actrice, donne à Moreno le rayonnement formidable d'une femme avide et généreuse à la fois. Les deux belles sont merveilleusement habillées par les costumes et Dominique Borg, tout de raffinement inventif. Brialy a su donner un bon rythme au spectacle. On passe un doux moment, léger et grave et on sort de là avec l'envie d'en sa voir plus sur ces deux « personnages » hors du commun."

Bel-Ami
Tiré du roman de Guy de Maupassant

Bel-Ami
Édition :
Actes Sud - Papiers
Bel-Ami

créationCréation à Paris - Théâtre Antoine (1996)
Tournées en France et pays francophones Cled Productions (1997)
Filmé (dvd) par la COPA

Mise en scène Didier Long
Décors Rudy Sabounghi, costumes Bernadette Villard.

Avec : Pierre Cassignard, Geneviève Casile, Macha Méril, Carole Richert, Marcel Cuvelier (Jean Negroni), Alexis Nitzer (Alain Stern), Sophie Arthur (Fanny Roussel), Eric Prat, Axelle Charvoz, Olivier Claverie (Frédéric Haddou), Stéphane Hénon (Benoît Solès), Emmanuel Ducluzeau, Laurent Meda.

Macha Meril et Pierre Cassignard
Bel-Ami / Macha Meril et Pierre Cassignard
Pierre Cassignard et Geneviève 	Casile
Bel-Ami / Pierre Cassignard et Geneviève Casile

Étoiles

Étoiles
Édition
Actes Sud - Papiers
Étoiles

créationCréation à Paris - Théâtre de la Madeleine (1999)

Mise en scène Maurice Bénichou
décors et costumes Roberto Plate.

Avec : Niels Arestrup, Nada Strancar, Maurice Bénichou, Emeric Marchand, Manuel Mazaudier, Bruno Delpeut, le petit Marlon Courbin.

Emeric Marchand et Niels Arestrup
Étoiles / Emeric Marchand et Niels Arestrup
Niels Arestrup et Maurice Benichou
Étoiles / Niels Arestrup, Maurice Benichou et Emeric Marchand
Emeric Marchand et Nada Strancar
Étoiles / Emeric Marchand et Nada Strancar
Nada Strancar et Emeric Marchand
Étoiles / Nada Strancar et Emeric Marchand

conception / réalisation / maintenance Vincent PAROT